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Blog de Marie Pontoizeau, professeur documentaliste: actualité et réflexion sur l'éducation et l'enseignement en général, et de l'info-documentation en particulier

28 février 2008

Les ENT et le professeur documentaliste

Réflexion personnelle d'entraînement au CAPES et carte heuristique sur le thème des ENT:

Enjeux__des_ENT_pour_le_professeur_documentaliste

Ere du tout numérique oblige, les TIC initient ou influencent le monde du travail, le loisir, l’économie… Pour gagner du temps et/ou de l’argent, pour venir à bout de la distance et pouvoir correspondre, la communication doit s’accélérer. Les espaces numériques de travail poussent le virtuel jusqu’à la personnalisation, l’individualisation, chacun pouvant disposer de son bureau numérique, d’une liste de favoris ou d’un agenda électronique. Dans le système éducatif, ces espaces sont construits en fonction du membre de la communauté éducative et pour nos élèves ils sont élaborés suivant des modèles, des normes, pour une sécurité optimale et une simplification des relations élèves/professeurs/vie scolaire. Le professeur documentaliste a vu ses pratiques professionnelles évoluer avec les TICE, les ENT amènent eux aussi une réflexion sur la profession. Dans son rôle de médiateur documentaire, le professeur documentaliste est amené à s’interroger sur les ENT : garantissent-ils vraiment une maîtrise de l’information ? Cette question en appelle trois autres : comment le professeur documentaliste peut-il intégrer les ENT à la politique documentaire de l’établissement ? Quel est le lien entre les ENT et la formation des élèves à une appréhension raisonnée et citoyenne de l’information ? Comment les ENT interviennent-ils dans le rôle d’ouverture du professeur documentaliste ?

De quelle façon penser la politique documentaire d’établissement avec les ENT ?

La politique documentaire d’établissement, sous l’impulsion du professeur documentaliste, est un travail d’équipe. Expert en gestion d’information, il travaille en avec les autres membres du comité de pilotage de cette politique. Néanmoins, je pense qu’il est nécessaire d’expliquer dès ce moment que l’ENT ne remplace pas une véritable formation à la maîtrise de l’information, comme je l’expliquerai par la suite. En effet, l’ENT n’est pas en lui-même une pédagogie mais un outil de travail. Je le comparerais volontiers à un manuel scolaire, où la didactisation est extrême.

J’entrevois, dans la partie documentation d’un ENT, simplement un meilleur signalement des ressources documentaires, un meilleur accès à celles-ci et un travail de veille documentaire facilitée. Concernant le signalement des ressources, il me paraît judicieux d’utiliser les ENT pour diffuser des messages sur les nouveaux documents du CDI et sur les activités qui s’y déroulent, comme le club lecture par exemple. Pour l’accès aux ressources documentaires, le logiciel de recherche sur la base du CDI à toute sa place dans l’ENT. En effet, de nombreux documents du CDI ne sont pas suffisamment utilisés, tout simplement parce les recherches de documents se font plus automatiquement sur Internet, alors que la présence nettement visible du logiciel documentaire inciterait peut être d’avantage les membres de la communauté éducative à s’intéresser au fonds documentaire et à faire des suggestions d’achats. Quant à l’accès des ressources en ligne, je crois qu’il doit être élaboré de façon équilibré, en évitant le monopole de certains moteurs de recherche comme Google, mais au contraire en proposant plusieurs types de moteurs et d’annuaires. Pour les élèves, une formation sera évidemment nécessaire, comme je l’expliquerai ensuite. Enfin, les ENT favorisent à mon avis une veille documentaire assez efficace, qu’elle se fasse avec les ENT académiques - où figurent à la fois flux RSS, signets, mais aussi l’information arrivant par l’institution elle-même (comme l’actualité info-documentaire de l’académie par exemple) – des sites comme Netvibes qui fonctionnent avec les flux RSS ou Del.icio.us, qui permet de mutualiser des hyperliens grâce à des mots-clés (tags) qu’on leur attribue.

Concernant les ENT dans la politique documentaire, je les envisage donc d’avantage comme outil d’échange de connaissances entre enseignants, la majeure partie des ENT ne concernant pas, d’après-moi un outil pédagogique pour appréhender l’information.

Justement, je crois que la formation des élèves à une approche raisonnée de l’information se joue principalement ailleurs.

En effet, il me semble que le fait de passer exclusivement par les ENT pour la recherche d’information n’apprend pas à l’élève à trouver une information pertinente sur Internet : par exemple, disposer dans les ENT des hyperliens vers les moteurs de recherches ne garantit en aucun cas apprendre à s’en servir, c’est seulement un meilleur accès vers ceux-ci.

Par contre, il m’apparait tout à fait judicieux d’apprendre aux élèves comment créer et gérer leurs signets, au fur et à mesure de leur recherches sur Internet. Par exemple, lors d’une recherche documentaire sur l’Egypte en sixième, un élève peut fort bien trouver des informations pertinentes sur un site qui développe d’autres thèmes d’histoire utilisables dans les classes ultérieures ; le fait de créer un signet pour ce site permettra à cet élève d’aller le visiter par la suite et peut être de gagner du temps.

 Mais en ce qui concerne les recherche sur un thème nouveau, il me semble essentiel qu’une véritable formation soit dispensée aux élèves concernant la maîtrise de l’information, pour utiliser le logiciel documentaire mais surtout sur Internet, où l’accès à l’information est rarement didactisé. Cette formation comprend la comparaison des moteurs de recherche, les fonctionnalités de recherche avancée de quelques uns d’entre eux, l’analyse du classement des résultats et celle des documents trouvés (l’auteur est-il mentionné ? qui est-il ? l’information est-elle compréhensibles…etc.) et leur comparaison.

En clair, Les ENT peuvent constituer un accès facilité aux moteurs de recherche et une possibilité de retrouver plus facilement un site déjà exploré, mais l’analyse critique de l’information peut être initiée par le professeur documentaliste, seul ou lors de séances pédagogiques en éducation civique ou ECJS. La pédagogie de projet et l’apprentissage par le document, secondée par les ENT me semble un juste milieu, un compromis acceptable ici.

Les ENT entrent par contre directement en compte dans le rôle d’ouverture du professeur documentaliste.

A propos d’ouverture culturelle, je pense particulièrement à créer sur les ENT des liens vers les instances culturelles locales (bibliothèques municipales, médiathèque, cinémas…). Ces liens, sans remplacer les partenariats culturels extérieurs du professeur documentaliste, peuvent susciter la curiosité et pousser les élèves à se rendre dans ces lieux qu’ils n’ont peut être pas l’habitude de fréquenter. Concernant la lecture, il me paraît opportun d’inscrire les notes de lectures des élèves, du professeur documentaliste et des collègues de discipline, sous forme de « coup de cœur lecture » par exemple. Donner l’envie de lire est aussi une des missions du professeur documentaliste.

Concernant l’ouverture professionnelle, je perçois les ENT comme créant d’avantage de liens entre les personnels et les organises d’orientation, et là je pense particulièrement aux conseillers d’orientation psychologues (COP) que le professeur documentaliste a peu l’occasion de rencontrer, surtout dans des petits établissements où les COP n’est présent qu’une demi journée par semaine.

Enfin, à propos du lien avec les familles, les ENT peuvent intervenir pour une meilleure communication entre le professeur documentaliste, le CDI, les élèves et leurs parents. Comme nos collègues professeurs de discipline, nous sommes souvent désireux de faire part aux parents d’élèves de la progression de leurs enfants, qu’elle soit notée ou non.

Les ENT facilitent donc le rôle d’ouverture du professeur documentaliste, pour faciliter l’accès à la culture, la lecture, à l’orientation scolaire et professionnelle et créer un lien renforcé avec les familles.

Pour conclure, je crois que les ENT ne permettent pas, à eux seuls, une approche raisonnée de l’information. Ils doivent intervenir, à mon sens, en complément d’une formation info-documentaire solide, pour mieux communiquer entre membre de la communauté éducative et faciliter l’ouverture culturelle et professionnelle. La politique documentaire d’établissement, impulsée par le professeur documentaliste, prendra donc en compte la perspective de gain de temps via les ENT, mais que ceux si sont un outil parmi d’autres. Le professeur documentaliste, qui vise une formation à un esprit critique des élèves face à l’information, a aussi un atout professionnel à jouer, un pari de la pédagogie de projet contre une approche exclusivement techniciste des TICE.

Posté par Maripon à 19:35 - CAPES - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

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