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Blog de Marie Pontoizeau, professeur documentaliste: actualité et réflexion sur l'éducation et l'enseignement en général, et de l'info-documentation en particulier

28 février 2008

Le livret de compétences: culture de l'évaluation?

J'ai écouté avec attention, sur le site de l'ESEN, une intervention de Florence Robine, IGEN, qui intervenait en novembre 2007 sur le livret de compétences. Bien que quelques point me semblent encore flous, voici ce que j'ai compris de ce qu'elle disait et mes réactions (en italique).

1) Le livret de compétences intervient dans un contexte particulier.

  •     Le système éducatif subit des pressions de la communauté internationale, qui souhaiterait adapter l'éducation aux enjeux de la société contemporaine (est-ce le mot mondialisation qui est sous-entendues ici? le développement durable?),  de la nation française avec quantité d'évaluations d'établissement, et d'indicateurs nationaux (indicateurs LOLF, contrats d'objectifs...) et internationaux (PISA, PIRLS).
  • Un "vacarme" se fait autour des évaluations du système éducatif, à côté d'un "silence" autour de l'évaluation des acquis des élèves. Pourquoi? Parce que professeurs et familles sont peu demandeurs d'un nouvel outil d'évaluation, les familles se contentant du bulletin de note traditionnel (ça je n'en suis pas du tout sûre). Nous disposons de peu de connaissances sur les acquis des élèves malgré le DNB, le baccalauréat et l'omniprésence des notes dont on ne saisit pas toujours le sens.
  • Malgré des efforts sur l'attention portée aux processus d'apprentissages et aux difficultés scolaires et sociales des élèves, les enseignants peinent toujours à soutenir leurs élèves et leur proposer des solutions.(j'adore les gens qui généralisent à la façon de www.profsnuls.fr !!! ... m'énerve ça...! emoticon_unhappy ) . De même, les usagers (quelle horreur ce mots, ça fait vraiment "consommateurs" !) actuels du système sont souvent peu capables de saisir le sens caché, implicite des apprentissages. Les enseignants le font sans vraiment le formaliser, l'expliciter.

2) Quels sont les obstacles à lever, les biais à éviter, pour pouvoir mettre en place ce livret de compétences?

  •     Le premier obstacle réside dans l'hétérogénéité des situations entre les niveaux scolaires (le primaire transmet déjà au famille des résultats sous forme de compétences) et entre les disciplines, qui ont un rapport au savoir, une pratique de l'évaluation et une appréhension de la notion de compétence très diverses. Pour établir des grilles de références, dans un livret de compétences, il va nécessairement falloir travailler sur la mise en cohérence de l'ensemble.
  • Bien comprendre les objectifs du socle commun et ceux du livret

        - Il devient important d'adopter une culture commune du socle, qui doit munir les jeunes de l'essentiel pour apprendre tout au long de la vie.
        -  Le socle ne se substitue pas aux programmes d'enseignement, mais un outil de leur relecture et une organisation  différente des apprentissages.
        - Une tendance actuelle, consiste à ne construire de formation que pour ce qui est évaluable. Au contraire, l'objectif du livret  n'est pas la "course à la croix" mais la formation d'une pensée globale et autonome de l'élève.
        - Le livret devra idéalement pouvoir informer les familles en plus d'être un support de discussion entre professeurs et élèves. Il évaluerait aussi le système éducatif, en rendant compte de ce que savent les élèves à la fin de la scolarité obligatoire.
L'INSPECTION GÉNÉRALE, DANS SON RAPPORT, A EXPRIME L'IMPOSSIBILITÉ DE CE LIVRET A REMPLIR TOUTES CES FONCTIONS.
       - Dans les pays qui ont expérimenté l'approche par compétences, les tensions à l'issue des paliers d'orientation s'accentuaient.

3) Les leviers: repenser la définition du métier d'enseigner, les postures des inspecteurs et des chefs d'établissements

  • Développer une réflexion des enseignants, déjà indiquée dans les formations initiales à l'IUFM

        - Mieux faire coïncider les apprentissages avec l'évaluation des compétences
        - Opérationaliser les choix de l'enseignant: il doit identifier ces choix et leurs conséquences (bah oui, pourquoi on n'y avait pas pensé plus tôt, c'est vrai qu'on le fait pas assez !!! C'est vrai, nous sommes de insouciants qui aimons bourrer le crâne des jeunes et leur demander de se débrouiller avec ça après...!emoticon_unhappypour qui on nous prend franchement???)
         -
Développer ne réflexion sur le temps nécessaire aux apprentissages, à la découverte d'une compétence et aux travail à fournir pour l'acquérir. (C'est pareil, on n'y a jamais pensé à ça non plus... ! Des tas de profs disent que les programmes sont hyper chargés et qu'ils n'arrivent pas à prendre le temps, justement ! On ne demande que cela, DU TEMPS !!!)

  • Travailler au sein de la communauté éducative: qui va évaluer? Doit-on nécessairement évaluer pour exister? (On parle depuis le début d'évaluation, alors que fait ici cette question, très pertinente cependant??? C'est peut-être en introduction qu'il aurait fallu la poser !). On peut tout à fait travailler une compétence dans une discipline et l'évaluer dans une autre, mais les critère ne sont pas forcément les mêmes...
  • Communiquer avec les familles grâce à ce livret. Quel rapport alors avec le bulletin de notes? Faut-il le supprimer, comme cela a déjà été expérimenté dans des établissements?
  • Posture de l'inspection: les évaluations du système et des professeurs sont liées.

Selon le ministre, les inspecteurs ne doivent plus porter leur attention aux méthodes pédagogiques des enseignants mais uniquement les résultats.(Rappelons que les enseignants n'ont pas obligation de résultats mais de moyens !) Les posture de l'inspections sont formulées en questions (difficile d'appeler cela une posture...): quelle évaluation des enseignants? Comment l'évaluation des enseignants peut-elle contribuer à leur développement personnel et professionnel? Comment cette évaluation pourrait-elle améliorer l'enseignement, le système éducatif et sa régulation?

4) Les slogans

  • Que doit-on mettre au centre du système éducatif? les élèves? les savoirs? les connaissances? les compétences? les enseignants?. Des biais intrinsèques sont possibles, "vous savez de quoi je veux parler", pour reprendre l'expression de Mme Robine. Alors là, il faudrait être plus explicite, car moi je ne vois pas... mais peut être que son auditoire oui??? Si on pense aux savoirs disciplinaires au service d'un objectif global d'autonomie de l'élève pour le préparer à vivre dans un monde futur incertain, l'expression "élève au centre" n'a plus de sens.
  • La liberté pédagogique et le livret de compétences. Selon Mme Robine, toutes les méthodes pédagogiques ne se valent pas. Certaines, comme l'interdisciplinarité et l'élève actif, sont plus performantes que d'autres. "On ne peut pas, au nom de la liberté pédagogique, faire barrage à cette volonté de faire progresser le système éducatif. (Ouh la... et que deviendrait la liberté pédagogique justement? suprimée?? ). L'objectif du professeur est de donner les clés pour penser, les compétences essentielles doivent être explicitées et travaillées pour elles-mêmes.
  • Pédagogie de la réussite.

        Dans les réseaux d'éducation prioritaire, on a tendance à vouloir la réussite de tous les élèves mais en dénaturant les objectifs essentiels et l'évaluation par compétences, avec pour conséquence l'appauvrissement des contenus, le superficiel et le risque d'identification de compétences à cocher. Il faut au contraire avoir des ambitions élevées pour la formation des élèves.

Posté par Maripon à 19:10 - Système éducatif - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

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