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Blog de Marie Pontoizeau, professeur documentaliste: actualité et réflexion sur l'éducation et l'enseignement en général, et de l'info-documentation en particulier

19 février 2008

Philippe Meirieu s'exprime sur l'actualité pédagogiqe

Vincent Olivier, fondateur du web pédagogique, a mis sur son blog, à disposition des internautes, une entrevue (fichier audio en ligne) avec Philippe Meirieu, lequel donne son opinion sur les discours récents du président Nicolas Sarkozy concernant l'éducation et sur les dérives actuelles du système éducatif. Voici un petit résumé de l'interview de M. Meirieu:
1) Les effets d'annonce purement médiatiques de Nicolas Sarkozy (notamment celle concernant l'enseignement de la Shoah à l'école) sont faites indépendamment de la loi Fillon. Le président ne respecte pas les règles de l'Education Nationale à laquelle il préfère donner des ordres. Il annonce aussi des mesures qui sont déjà prévues et utilisées par la loi Fillon, notamment la supervision des programmes par l'Assemblée Nationale et la Sénat.
2) Concernant le débat actuel sur l'enseignement de la Shoah, le président dénie ce qui a déjà été fait et est encore fait sur le devoir de mémoire. Nous sommes ici dans le registre, je cite, du "tout émotionnel", rien à voir avec la pédagogie de la mémoire, approche par l'intelligence et la compréhension d'un phénomène obtenu grâce à un travail d'histoire.
3) Lors de son récent discours à Périgueux, Nicolas Sarkozy a insisté sur les apprentissages fondamentaux, notamment d'une part lire, écrire, compter, et d'autre part l'éducation civique et l'autorité. Le président ne fait ici qu'exprimer un consensus mais quid de la méthode? Philippe Meirieu propose de réhabiliter l'écrit au primaire, pas seulement sous forme d'exercices mais comme véritable discipline. Freinet, l'éducation nouvelle, l'écriture nouvelle avaient donné une nouvelle impulsion, et c'est dans cette direction que nous pourrions aller, explique-t-il. L'école doit privilégier une véritable écriture par les élèves, sur du long terme. Au sujet de l'éducation civique et de la morale, les emblèmes avancés par Nicolas Sarkozy ne sont pas non plus suffisants et ne remplacent pas l'éducation au quotidien, dans tous les apprentissages à l'école. Il s'agit de (je cite encore) "vivre ensemble", faire des projets, se donner des règles de vie collective et promouvoir la pédagogie coopérative. Enfin, le président ne cesse de stigmatiser l'école et les enseignants alors qu'il passe sous silence l'influence de la société (notamment de la télévision) dans la perception de la morale.
4) Selon Philippe Meirieu, pendant la multiplication des effets d'annonces de Nicolas Sarkozy, l'école devient victime du libéralisme, de la technocratie et du communautarisme.
    - Le libéralisme, avec plus de pseudo-libertés donnés aux enseignants et aux écoles, la publication en ligne des résultats des élèves et des écoles, l'évaluation systématique des enseignants ayant obligation de résultats et le mise en concurrence des écoles entre elles. Ce dernier point aboutit au suivant:
    - La technocratie, avec la production incessante d'indicateurs pour développer des stratégies individualistes et non pour le bien commun. Les élèves et leurs familles doivent bien évidemment pouvoir s'exprimer sur l'école, mais au sein de celle-ci ! Cette institution n'est pas qu'un simple service et encore moins un lieu de zapping. On voit bien ici l'enjeu qui se dessine: veut-on que les élèves et leur famille soient réellement impliquée dans le débat ou de simples consommateur d'école?
    - Le communautarisme: les prises de position du président privilégient le domaine de l'affect et de la religion au dépend de celui de la citoyenneté.

Posté par Maripon à 15:55 - Système éducatif - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

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